Karelle chante Joan Baez

Le Caillou, mercredi 13 juin 2018.

Dans les années 60 j’étais encore un petit garçon et Joan Baez ne faisait pas partie de mon univers musical naissant, j’écoutais certes « Salut les Copains » sur Europe n°1 mais plutôt pour les yéyés ou déjà un certain Johnny. Un peu plus tard, devenu ado, à la fin des 60’s et au début des 70’s, c’est la pop et le rock qui entraient dans mes oreilles, les Beatles, les Stones (j’étais les deux), puis Deep Purple, Led Zep, Hendrix, Chicago (du début)… Les « folkeux » Dylan, Joan Baez, pas pour moi. Les premiers il est vrai ne nécessitaient pas la compréhension des paroles pour flatter mes oreilles, les seconds étaient beaucoup trop bavards pour mon anglais scolaire et je trouvais leur musique plan-plan. Joan Baez ce n’était pas pour les mecs et puis tous ces engagements politiques, c’était des trucs pour les vieux. Bien que la radio nous ait gavés de Nicola and Bart pendant des mois, Joan et ses combats me sont restés étrangers, je l’avoue.

Les années ont passé, beaucoup trop nombreuses, mes goûts ont évolué, le rock est resté, la chanson française à texte a commencé à me parler, Ferré, pas Ferrat, Brassens, moins Brel… la bonne pop française aussi, le jazz est arrivé très vite en force avec d’abord la fusion, on disait jazz-rock à l’époque, la soul m’a bien accroché, Stevie notamment. Joan Baez toujours pas. Pas par misogynie, j’écoutais bien Carole King, Stevie Nicks, Patty Smith, Joni Mitchell, Ricky Lee Jones…Véronique Sanson même.

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Et l’an dernier l’ami Orville Grant a organisé le fameux Woodslandes (lire dans ce blog) ou entre deux concerts électriques chargés en watts et en testostérone passait une nommée Karelle, seule à la guitare, debout sur la charrette-scène du volet acoustique du festival. Est-ce la douceur, la chaleur même, de la soirée, l’ambiance peace and love qui y régnait ou le pouvoir du houblon sur le cerveau, mais j’avais particulièrement et à ma grande surprise apprécié le récital « Joan Baez » de cette grande brune au charme qui n’était peut-être pas non plus pour rien dans mon revirement.

Récemment le même Orville a réussi à me réconcilier aussi avec Bob Dylan dont j’avais suivi la carrière et les frasques de très loin ; dans ce concert – lire sur ce blog – et sur le disque qui va avec, Joan Baez était aussi bien sûr présente ayant elle suivi de très près la vie de Bobby.

Et donc cette semaine quand j’ai su que Karelle passait au Caillou pour chanter Joan Baez j’ai baissé complètement les armes et j’y suis allé. Vraiment une bonne idée.

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Karelle n’est pas Joan Baez, Karelle n’est pas que Joan Baez, allez voir son site pour en juger mais Karelle a tout pour chanter Joan Baez. La silhouette de l’époque, les longs cheveux bruns, mais surtout la voix et la maîtrise de la guitare.

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Elle était faite pour la rencontrer. Certes elle n’en a pas le timbre de cristal mais la hauteur de sa voix, ses trémolos s’en approchent et il ne s’agit pas d’imiter mais d’interpréter. Émouvant à la fin du concert d’entendre cette femme la féliciter, elle qui avait vu la star plusieurs fois, notamment à l’île de Wight en 1970. Parlant de voir cette table où trois Américains, un homme et deux femmes, écoutent religieusement, les yeux fermés sur le « Dona Dona » que nous avait fait connaître en France un certain Cloclo… Et oui Joan Baez si on ne l’écoutait pas on l’entendait sans le savoir sur nos télés encore en noir et blanc. Nana Mouskouri, Richard Antony s’en chargeait sans vergogne et Karelle nous l’a rappelé. Intéressante sa manière de présenter chaque titre dans son contexte et d’en traduire à l’avance les paroles et l’histoire, souvent bien tristes.

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Émouvant d’entendre ce set dépouillé de tout artifice, seule la batterie légère de Guillaume Simonet ponctuant ou dynamisant le récital. Le Caillou sous le charme et enthousiaste à la fin, moi compris et mon ami Dany Ducasse aussi, lui le rocker des 60’s qui à l’époque snobait Joan Baez. Ce soir il n’a pu s’empêcher, comme à son habitude, de surgir deux fois sur scène avec son harmonica à la grande joie du public … et des deux artistes.

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Karelle revient au Caillou le 11 juillet mais en août elle sera dans le public à Jazz in Marciac où Joan Baez est programmée ; non ce n’est pas du jazz mais la volonté du festival d’élargir son offre musicale … et de faire fonctionner la billetterie, c’est en effet déjà complet. La chanteuse mythique est à l’Olympia en ce moment et revient cet hiver. Je n’irai pas, n’exagérons pas quand même, je me réserve pour un truc de mecs encore, bien nostalgique aussi, les Rolling Stones à Marseille le 26 juin, j’ai hâte !

https://www.karellechante.com/